Guerres au Proche-Orient

Guerre au Moyen-Orient : la très inconfortable perspective de paix pour Netanyahu

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Le Premier ministre Benjamin Netanyahu est présenté comme le grand perdant de l’accord d’entente entre les États-Unis et l’Iran. Pour les experts de la région, le dirigeant israélien, mis sur la touche lors des négociations, redoute la fin des hostilités, notamment en période électorale.

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu.
Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu n’a pas été consulté pour l’accord d’entente entre les États-Unis et l’Iran. © Ronen Zvulun, Reuters via AP

 

« Nous avons éliminé la menace d’une annihilation imminente. » Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu s’est dépeint comme le sauveur de la Nation face à la menace iranienne, lundi 15 juin au soir, lors de sa première conférence de presse depuis l’annonce de la signature d’un protocole d’entente entre les États-Unis et l’Iran pour mettre fin à la guerre.

C’est pourtant un tout autre son de cloche qui se fait entendre dans la plupart des médias. « L’Iran est l’échec le plus cuisant de Benjamin Netanyahu depuis le 7 octobre [2023, les attaques terroristes du Hamas en Israël, NDLR] », titre Haaretz, principal quotidien d’opposition israélien. « Netanyahu apparaît soudain comme le grand perdant de cette guerre », assure de son côté le site de l’hebdomadaire de référence allemand Der Spiegel.

Benjamin Netanyahu laissé de côté par Donald Trump

Le Premier ministre israélien est également critiqué de toutes parts en interne. Israël vient de subir « un échec historique contre l’Iran », a regretté Naftali Bennett, ancien Premier ministre israélien. « Il est difficile de soutenir, d’un côté, qu’Israël est l’une des puissances majeures de la région, tout en affirmant que nous étions sur le point d’être anéantis », a réagi Yaïr Lapid, l’un des principaux opposants à Benjamin Netanyahu. De son côté, Itamar Ben Gvir, le ministre d’extrême droite de la Sécurité nationale et allié politique du Premier ministre, a déploré que « la sécurité d’Israël n’était pas garantie ».

Si Benjamin Netanyahu est présenté comme l’un des perdants de cette guerre, c’est en partie parce que l’accord conclu dimanche entre les États-Unis et l’Iran ne semble pas tenir compte des intérêts de l’État hébreu. Le Premier ministre israélien « n’a même pas été tenu au courant des détails de ce préaccord », souligne Veronika Hinman, spécialiste des conflits au Moyen-Orient à l’université de Portsmouth.

Cette mise à l’écart illustre « à quel point les objectifs des États-Unis et ceux d’Israël dans cette guerre sont devenus différents« , analyse Amnon Aran, spécialiste des conflits entre Israël et le monde arabe à City St George’s, University of London. À tel point que le jusqu’au-boutisme affiché de Benjamin Netanyahu est considéré comme un obstacle et un problème par Donald Trump, estiment les experts interrogés par France 24.

Si les détails sur le protocole d’accord entre Washington et Téhéran sont encore très flous, les contours suggèrent une fin des combats pour tous « sans qu’Israël n’ait pu atteindre les objectifs fixés au début de la guerre », note Steven Wagner, spécialiste de l’histoire des conflits au Moyen-Orient à l’université Brunel, à Londres. « Benjamin Netanyahu voulait renverser le régime en Iran, or ceux qui sont aujourd’hui au pouvoir semblent être encore plus radicaux qu’avant. Il comptait détruire le programme nucléaire iranien, mais la guerre a offert aux autorités de nouvelles motivations pour poursuivre leurs efforts et les plus de 400 kilos d’uranium enrichi appartiennent toujours à l’Iran », récapitule Ahron Bregman, politologue et spécialiste d’Israël au King’s College de Londres.

Il en va de même pour le programme balistique iranien qu’Israël voulait réduire à néant. Certes, « à court terme, Benjamin Netanyahu peut affirmer qu’il a détruit bon nombre d’infrastructures et de ressources nécessaires à ce programme », reconnaît Veronika Hinman. Mais « le protocole d’accord semble laisser cette question de côté », note Steven Wagner. Autrement dit, sauf changement de ton lors des négociations à venir, rien n’empêche Téhéran de reconstruire son arsenal.

Benjamin « le sauveur » et Netanyahu « le faible »

D’où l’affirmation de Benjamin Netanyahu qu’il aurait évité à Israël d’être « annihilé ». « C’est improuvable et, à ce stade, cela représente le seul argument que le Premier ministre peut évoquer », estime Amnon Aran.

Si l’accord final entre les États-Unis et l’Iran « ne règle pas le problème du programme nucléaire et offre en prime à Téhéran la levée de certaines sanctions, la question de la survie existentielle devient le seul argument dont peut disposer Benjamin Netanyahu pour tenter de justifier aux yeux des Israéliens le prix payé pour cette guerre », ajoute cet expert.

Avec les élections législatives d’octobre prochain, c’est une manière de faire campagne. « Il se présente comme une sorte de figure messianique dont Israël ne pourrait se passer pour survivre », explique Veronika Hinman.

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Mais cela risque de ne pas être suffisant face à une opposition qui dépeint « Benjamin Netanyahu comme un dirigeant faible qui n’a pas réussi à mener à bien sa campagne militaire », souligne Steven Wagner.

Ce couperet électoral rend une situation sécuritaire déjà explosive encore plus dangereuse, d’après les experts interrogés. Car « Benjamin Netanyahu a besoin de la guerre » pour maintenir un sentiment d’urgence qui lui profite politiquement, estime Ahron Bregman. Et il n’a aucune envie d’apparaître comme le maillon faible du conflit.

Tout sauf la fin des hostilités ?

Il pourrait ainsi « être tenté de saboter les négociations à venir en utilisant de vieilles ficelles, en attaquant Beyrouth, prétextant une menace du Hezbollah, ce qui obligerait l’Iran à répondre et risquerait de relancer le conflit », explique Ahron Bregman. Donald Trump risque cependant de ne pas tolérer ce genre de provocation, jugent les experts interrogés.

À défaut, le Premier ministre peut lancer une nouvelle campagne militaire contre le Hamas à Gaza. L’armée israélienne aurait d’ailleurs approuvé un nouveau plan pour une « opération d’envergure » dans l’enclave palestinienne, a affirmé Haaretz la semaine dernière.

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Mais c’est aussi risqué militairement que politiquement. Le Premier ministre israélien « n’a aucune certitude quant au risque de rouvrir le front à Gaza et aux réactions de l’Iran et du Hezbollah« , note Amnon Aran. Une telle opération « irait aussi à l’encontre du message martelé par le gouvernement israélien selon lequel les objectifs contre le Hamas ont été atteints », précise Steven Wagner.

Rester sans rien faire n’est cependant pas une option pour Benjamin Netanyahu, craignent les experts interrogés. Le risque pour le Premier ministre israélien est qu’au final, la fin des hostilités avec l’Iran « donne l’impression qu’Israël est dans une situation encore moins sûre qu’avant la guerre déclenchée fin février », prévient Amnon Aran. En effet, non seulement le régime iranien est toujours en place et la fin du programme nucléaire iranien ne semble pas encore acquise, mais « le soutien américain à la sécurité d’Israël est moins fort qu’avant ce conflit », constate cet expert. Sans compter, d’après lui, la perte de légitimité au niveau international qui limiterait la capacité israélienne à agir.

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